10 trucs que disent les enfants bilingues

« Il est neuf minutes jusqu’à une heure. »

« Aujourd’hui, on a eu un early lunch juste avant le clay club. »

« N’importe quoi, on dit pas « home », on dit « hhheûme » ! »

« Pour être honnête, le foie gras, ça regarde comme du pâté, dans mon opinion. »

« Mamie, quand elle parle anglais, on dirait qu’elle a une patate chaude dans la bouche. »

« Mais papa, pourquoi tu mets les sous-titres ? »

« Il ne me manque plus que un sticker sur mon award-card et j’aurai mon certificate !

« Pour mon anniversaire, je peux avoir un sleepover ? »

« On a tout compris ce que vous dites ! » [quand les grands-parents distraits essaient maladroitement de parler anglais pour être discrets…]

« Allez, on est au-dessus de l’Angleterre, je switche du français à l’anglais maintenant ! » [dans l’avion, au retour des vacances]

Expat tag

Vue de Londres depuis Primrose Hill au coucher du soleil

Je ne suis pas très branchée tags et questionnaires (ne comptez pas sur moi pour vous parler rituels beauté ou accessoire fétiche) mais ce petit questionnaire de Margarida spécial expatriation m’a plu.

Alors voici quelques réponses.

1° expatriée toute seule ou par amour ?

Pour nous, il s’agit d’une expatriation familiale. C’est moi qui en avais le plus envie, étant amoureuse de l’Angleterre et de la langue anglaise, mais c’est  grâce au boulot d’Antoine que cela a pu se faire. Nous avions depuis longtemps envie de bouger ; nous avions beaucoup d’amis qui avaient pas mal voyagé, et cela nous a donné envie de tenter nous aussi notre petite aventure.

2° Depuis combien de temps es-tu de l’autre côté de chez toi ?

3 ans. Arrivée à Londres un 30 décembre dans la grisaille, logés dans un hôtel loin du centre de Londres, avec des virus dans nos bagages mais super heureux d’être là et de commencer une autre vie !

3° Quels sont les mets qui te manquent le plus de ton pays d’origine ?

Nous ne sommes pas bien loin de la France et on trouve tout à Londres (à condition d’y mettre le prix ) mais je n’ai pas encore trouvé de vraiment bon pain (en tout cas pas de bonnes baguettes). En général, nous demandons à nos visiteurs de nous apporter du saucisson et du chocolat. Et bien sûr les fruits et légumes que l’on trouvait sur les marchés dans le Sud n’ont pas leurs pareils…

4° Vis-tu à l’heure de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine ?

Nous avons gardé les habitudes françaises pour l’heure des repas. Un goûter pour les enfants vers 16h et le dîner vers 20h et non pas vers 17-18h comme les Anglais. A propos d’horaires, un truc auquel on s’habitue, ce sont les magasins ouverts tous les jours, et tard le soir pour certains.

5° Une chose que tu as toujours trimbalé avec toi :

Le ficus ! Il a fait pas mal de kilomètres avec nous : Toulouse, Massy, Juan les Pins, Antibes, Londres… Il est increvable !

6° Te sens-tu étrangère une fois par jour, une fois par semaine, une fois par mois ?

A Londres, tout le monde est étranger donc pas de problème ! Je veux dire par là que c’est une ville très internationale. Dans mon quartier, je ne sais même pas si les Anglais sont une majorité. A l’école, je dirais qu’il y a moitié d’Anglais, moitié d’une multitude d’autres nationalités. Donc les Londoniens sont hyper habitués aux étrangers et jamais on ne me l’a fait sentir. Et comme je parlais déjà bien anglais en arrivant, c’est plus facile de s’intégrer. Enfin je suis intégrée mais je n’ai pas vraiment d’amis anglais, et beaucoup de Français ont le même problème. Pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je suis plutôt sociable mais il est bien plus facile de rencontrer des Français ou d’autres étrangers plutôt que des Anglais.

7° Songes-tu à un éventuel retour chez toi ?

Je n’ai pas vraiment de chez moi en France. Chez moi c’est ici pour l’instant. Mais mon mari qui aime la nature, les sports de plein air et la montagne a bien envie de rentrer en France d’ici un an ou deux.

Quand il pleut et qu’il fait froid plusieurs jours, voire plusieurs semaines de suite, je rêve à la lumière de la côte d’Azur…

8° Justement, que signifie pour toi l’expression chez soi ?

Pour moi c’est ici, à Londres, plus précisément à Ealing, dans cet appart qui s’effondre de toutes parts où nous habitons déjà depuis plus de trois ans. Nous n’avons jamais acheté d’appart ou de maison, donc je ne suis pas trop attachée à un endroit en particulier. [Alerte guimauve] Chez moi, c’est avec ma famille. [Alerte guimauve terminée].

9° Quelle est la leçon que tu tires, pour l’instant, de ces années d’expatriation ?

Leçon je ne sais pas, mais j’ai fait plein de découvertes. Sur le pays bien sûr, sur la langue. Aujourd’hui mes enfants sont bilingues, ce qui est une chance pour leur avenir mais surtout, elles ont une ouverture d’esprit extraordinaire, qu’elles n’auraient peut-être pas  eue aussi spontanément ailleurs.

Si, une leçon peut-être : malgré l’incroyable sentiment de liberté qu’on éprouve au début de l’expat, comme si on pouvait se réinventer, on reste fondamentalement la même personne, avec les mêmes traits de caractère. Et c’est très bien comme ça.

10° Réponse à cette question que j’ai oublié de te poser et à laquelle tu as envie de répondre :

Je suis très heureuse ici et très heureuse d’avoir fait ce choix de partir, de découvrir autre chose. Je serais ravie de retenter l’aventure ailleurs, mais ravie aussi de « rentrer » en France s’il le faut.

Tu sais que tu es rentré en France quand…

auberge NévacheDès le ferry ta fille t’informe qu’elle ne veut pas aller aux toilettes car « mais Maman, en France les toilettes c’est des trous ! »

A l’arrivée sur le sol français, passé l’amusement de voir les employés de péage te dire hello et goodbye parce que tu conduis une voiture anglaise, tu commences à avoir des noeuds au cerveau à force de conduire du bon côté de la route MAIS avec le volant à droite…

Tu peux te laisser gaver par ta famille de bon fromage, kouign amann et autres délices avec une relative bonne conscience puisque pauvre de toi, tu dois mal manger en Angleterre.

Tu sautes de joie dans un supermarché de province en découvrant de magnifiques tomates (produit de luxe à Londres) pour la somme de 0,99 EUR le kilo. Pour un peu, tu en rapporterais dans tes bagages avec la confiture de ta mère.

Tu as la joie d’entendre tes enfants abandonner un peu le franglais et parler, grâce aux grands-parents, cousins et amis, un français presque correct ! Bon, il ne faut pas trop leur en demander non plus. L’accent des fermiers de la Bresse reste une gageure : « Maman, je n’ai pas compris un seul mot de ce qu’il a dit ». Qui a dit que les accents régionaux avaient disparu en France ?

Tu dois te réhabituer aux serveurs mal aimables dans les restos, qui ne  s’excusent jamais quand ils t’ont fait attendre, se sont trompés dans la commande, t’ont oublié, voire quand la peinture verte bien flashy du mur du resto a déteint sur tous les pulls des enfants et que la patronne trouve ça parfaitement normal. Tu te consoles en te disant qu’au moins les échanges sont souvent plus spontanés, moins formatés qu’en Angleterre, mais tu songes tout de même qu’il y a des progrès à faire sur le service…

Tu visites un château et le guide, au lieu d’égrener les anecdotes un peu gore, enchaîne les dates et les chiffres. Il ne cesse de mentionner la fourberie de l’ennemi héréditaire, l’Anglais bien sûr, au grand amusement de tes enfants.

Aujourd’hui, c’est direction Home Sweet Home. Bonne rentrée à tous !

Une petite Anglaise à la plage

On ressort les vieux Picsou des placards

C’est reparti pour un tour !

Baker street

Et voilà, après des mois d’incertitude qui ont usé notre patience et parfois même altéré l’harmonie légendaire de notre petite famille Ricoré, nous voilà fixés, nous restons à Londres deux ans de plus.

Fille Aînée se projette déjà (je me demande de qui elle tient ça ?!) dans la classe de mer de l’an prochain sur l’ile de Wight et même (je me demande vraiment de qui elle tient ça !) jusqu’au spectacle de fin d’année de Year 6 dans deux ans.

Fille Cadette est ravie mais elle était prête à rentrer en France aussi. Comme nous ne savions pas ce qui nous attendait, elles étaient inscrites en section internationale à Mougins où nous pensions déménager et la perspective d’une école bilingue (la moitié de la semaine en anglais, l’autre moitié en français) lui plaisait beaucoup. Nous avions aussi renoué avec les amis de la région antiboise et l’idée de retrouver le soleil et la mer n’était pas désagréable.

Après tout, vous me direz qu’on a la mer aussi ici, même si elle n’est pas tout à fait à la même température.

Cornouailles

C’est un sentiment un peu étrange : je suis contente de rester, de ne pas avoir à quitter tout de suite mes copines ni ce pays auquel je suis bien attachée, mais je m’étais tellement préparée psychologiquement à rentrer en France que j’ai été un peu déboussolée pendant quelques semaines. Maintenant, ça y est, j’ai retrouvé le rythme. Il faut profiter au maximum de ce que l’Angleterre a à nous offrir. Je continue l’aviron et je commence à me débrouiller un peu mieux. Fille Cadette qui adore chanter va essayer ce soir un cours de danse/chant/théâtre dans l’esprit comédie musicale dont les Anglais sont si friands.

Quant à Antoine, à moins qu’une montagne surgisse par miracle près de chez nous, je sais qu’il lui manquera toujours quelque chose ici mais je vais essayer de le distraire à coups de pintes de Guinness et de visites du National Trust.

Et même si nous avons toujours bien rempli nos week-ends (au point de passer pour des psychopathes auprès de nos amis), nous avons encore plein de choses à découvrir ici !

St Michael's Mount

Et à la rentrée, il va falloir mettre l’accent sur le français. Les filles parlent anglais presque tout le temps. 6 semaines en France cet été leur feront le plus grand bien (grands-parents, si vous passez par là, je compte sur vous pour les faire progresser dans la langue de Molière !) Nous allons opter pour le CNED en septembre. Je n’ai pas voulu les embêter trop jusqu’ici (et je manquais un peu de courage pour m’atteler à la tâche, soyons francs) mais au bout de deux ans et demi, je ne peux plus reculer si je ne veux pas qu’elles écrivent en langage SMS et qu’elles parlent franglais en permanence.

Alors à très bientôt pour la suite de nos aventures !

Un petit miracle (suite du post précédent)

D’abord, suite à mon post d’hier, j’ai reçu pas mal de témoignages intéressants dans les commentaires et ce message de Sarah, une Anglaise, que je reproduis ici. Elle nous explique qu’il faut peut-être avoir souffert ensemble (!) ou au moins vivre des choses fortes pour créer des amitiés. Logique, non ?

English people, even Londoners, complain about the fact that it’s difficult to get to know people and make friends in London. It’s something London is well-known for. When I came back from living abroad I had the same problem. Saying that, when I lived in Amsterdam I found the Dutch initially very distant. I only felt that I started integrating into society there when I joined local sports clubs (rowing and diving). It took a while but after months of training (suffering!!) together, sharing experiences and helping each other all barriers broke down. I also discovered that not making a big thing about being English (i.e. different) helped the process.
I do think sport (or any other hobby) is a good way of integrating. Because right from the start you have something in common. There are non-English people in my walking club here in London and as far as I can see they’re not treated any differently. In fact took a French friend along one day and she remarked afterwards that she felt that her nationality was of no importance whatsoever.
I’ve read blogs written by English people who have moved to France and the first thing they say is that it’s difficult to get to know and become accepted by the ‘natives’. Have you read the book ‘Almost French’ by Sarah Turnbull? She’s Australian and is married to a Parisian. She writes of her experiences of living in Paris and making huge (and largely unsuccessful) efforts to integrate into French life. It’s a very well-written book.
I think that in a big city, especially one as multi-cultural as London, people tend to stick to their own groups. Also I think that if you’re living abroad you need a different kind of friendship, where some people you meet become close friends very quickly as they become almost a substitute family. This expectation would tend not to work as easily with the natives of a country.
(sorry this is in English! It would have taken me all morning to have written it in French!)

Et que je vous traduis parce que je suis gentille :

Les Anglais, même les Londoniens, se plaignent de la difficulté à faire connaissance et se faire des amis à Londres. Londres est connue pour ça. Quand j’y suis revenue après avoir vécu à l’étranger j’ai eu le même problème. A vrai dire, quand je vivais à Amsterdam, j’ai d’abord trouvé les Hollandais très distants. J’ai  eu l’impression de commencer à m’intégrer socialement là-bas quand je me suis inscrite à des clubs de sport locaux (aviron et longée). cela a pris un moment mais après des mois d’entraînement (et de souffrance !!) ensemble, à vivre des expériences communes et à s’entraider, toutes les barrières sont tombées. J’ai aussi découvert que ne pas faire tout un plat d’être Anglaise (c’est-à-dire différente), aidait le processus.
Je pense sincèrement qu’un sport (ou n’importe quel loisir) est une bonne manière de s’intégrer. Parce que dès le début, on a quelque chose en commun. Il y a des gens qui ne sont pas Anglais dans mon club de randonnée ici à Londres et à ma connaissance, ils ne sont pas traités différemment. D’ailleurs j’ai amené un jour une amie française avec moi et elle m’a dit après coup qu’elle avait eu l’impression que sa nationalité n’avait aucune importance.

J’ai lu des blogs écrits par des Anglais installés en France et la première chose qu’ils disent, c’est qu’il est difficile de faire connaissance et d’être accepté par les « indigènes ». As-tu lu le livre « Almost French » de Sarah Turnbull ? Elle est Australienne, mariée à un Parisien. Elle relate sa vie à Paris et ses efforts, énormes, mais souvent vains, pour s’intégrer dans la vie française. C’est un livre très bien écrit. Je pense que dans une grande ville, en particulier une ville aussi multi-culturelle que Londres, les gens ont tendance à rester dans leur propre groupe. D’autre part, je pense que quand tu vis à l’étranger, tu as besoin d’un genre d’amitié un peu différent, dans laquelle certaines personnes que tu rencontres peuvent devenir très rapidement des amis proches, qui vont vite former une quasi- famille de substitution. Cette attente que l’on peut avoir est forcément plus difficile à réaliser avec les habitants du pays.

Merci Sarah pour ce témoignage passionnant !

Petit update après mon post précédent:

Hier, il s’est produit un miracle ! J’accompagnais une mini-sortie scolaire (à 50m de l’école, sortie d’1h30 ou comment se faire bien voir de la maîtresse sans perdre une journée entière.) Nous étions en train de regarder les fourmis et les vers de terre dans les « allotments », jardins potagers qui bordent l’école quand il s’est mis à pleuvoir si fort que la sortie, déjà mini, donc, a dû être carrément  interrompue.

Les gentilles mamans accompagnatrices se sont donc retrouvées toutes bêtes, avec une heure et quart à tuer avant la sortie de l’école, sous la pluie. Et là, alors que je m’apprêtais à rentrer chez moi sans enthousiasme pour travailler une demi-heure et ressortir, ce qui n’aurait pas été d’une efficacité folle, coup de théâtre, Sam, l’une des gentilles mamans accompagnatrices m’a proposé d’aller au pub avec elle ! Incredible !

Certes, je me suis ridiculisée en commandant une demi-pinte de Strongbow pour me rendre compte au bout de quelques secondes que ce n’était pas du cidre comme le Strongbow de certains pubs,  mais de la bière. Et malgré mon envie d’être polie avec ma « nouvelle amie » qui m’avait offert ce verre, la bière ce n’est vraiment pas mon truc, j’ai donc dû l’abandonner et recommander un cidre, Aspall cette fois si vous voulez tout savoir.

Et c’était super sympa. Nous avons parlé de vrais sujets, pas seulement de la pluie et du beau temps et elle m’a même proposé de renouveler l’expérience ! Cette fois, promis, je ne laisserai pas le temps passer…

Enfants français en école publique anglaise : témoignages

Comme je parle souvent du système scolaire anglais sur ce blog, j’ai eu envie d’approfondir le sujet en recueillant le témoignage d’autres familles françaises qui ont fait le choix comme nous de mettre leur enfant en école publique anglaise.

Séverine est orthophoniste, Claire R, éducatrice, et Claire B, professeur des écoles. Leur avis m’intéressait d’autant plus que leur métier les amène naturellement à réfléchir au système éducatif. Merci à elles de m’avoir livré leurs témoignages !

Une précision : je ne prétends pas juger le système éducatif anglais par rapport au français (je n’ai ni le recul ni les connaissances suffisantes), juste donner quelques éléments de réflexion aux familles qui viennent s’installer à Londres et hésitent entre école française (payante, autour de 500 £ par mois) et l’école publique anglaise.

J’ai fait récemment la connaissance  d’une famille française qui vient de retirer ses enfants de l’école française, estimant que les enfants n’y pratiquaient pas suffisamment l’anglais. Tout dépend en effet de l’optique dans laquelle on est en venant à Londres : est-ce qu’on cherche à rendre ses enfants bilingues ou est-ce qu’on pense déjà au retour en France, avec éventuellement cette crainte de ne plus « rentrer dans le moule » au retour ?

Depuis combien de temps vivez-vous en Angleterre ?

Claire R : Nous sommes arrivés à Londres au mois de juillet 2010, avec nos enfants scolarisés aujourd’hui en Year 2/CE1 et nursery.

Séverine : Depuis un an et demi.  C’est ma deuxième année scolaire. [Les enfants sont en Year 2, 3 et 5.]

Claire B : Depuis 4 ans.

Le choix de l’école publique anglaise a-t-il été évident ?

Claire B : Je ne connaissais rien au système anglais en arrivant, j’ai inscrit mes enfants en juillet pour la rentrée de septembre, à l’école la plus près de chez moi, comme je l’aurais fait en France ! Le public s’est imposé de lui même !

Claire R : C’est un choix qui s’est imposé de lui-même car nos enfants étaient jeunes (3 et 6 ans) et pouvaient s’adapter facilement à une nouvelle école. Ayant travaillé dans une école anglaise pendant mes études, j’avais été impressionnée par l’assurance à l’oral des petits élèves et leurs rapports aux adultes.

Séverine : Pour les plus jeunes oui, pour l’aînée qui entrait en CM1 (Year 5) nous avons hésité… mais l’expérience de personnes autour de nous et l’envie de lui offrir un vrai bain anglais nous a décidés, sachant aussi qu’elle n’avait jusque là pas de difficultés scolaires.

Comment s’est passée l’immersion de vos enfants francophones en école anglaise ?

Claire B : De mon expérience de prof des écoles à Paris, ayant eu souvent dans mes classes des enfants non francophones, je savais que les enfants (petits) s’adaptent parfaitement bien et apprennent la langue en un temps record ; ce sont toujours les parents les plus stressés. C’est donc complètement confiante que j’ai inscrit mon fils dans une école publique anglaise (et j’ai bien fait).

Mon fils a intégré la nursery à 4 ans ; il y est entré fin septembre, en décembre il parlait très très bien anglais; si bien qu’il est entré en Reception (équivalent de la Grande Section). A la nursery, on lui a appris un rudiment de langage des signes pour qu’il puisse quand même se faire comprendre et éviter la frustration. Il n’y a eu aucun incident. Il a toujours paru très content d’aller à l’école. En tant que parents nous avons été très bien accueillis dans l’école également.

Séverine : Je garde un fort souvenir (émouvant !) de leur 1er jour, avec ce sentiment de véritablement les lâcher dans une cage aux fauves, ou de les plonger dans un océan sans qu’elles ne sachent nager ! Les premières semaines sont un peu dures, mais je n’ai pas eu de grosse crise ou de refus d’aller à l’école, les enfants étant quand même très vite pris en charge en petits groupes. A Noël elles étaient plus à l’aise mais toutefois nous reprochaient de s’être entendu dire « vous serez bilingues à Noël » car ce n’était pas le cas. Février-mars je dirais, a été la charnière tant au niveau de la langue que de l’intégration à l’école.

Qu’aimez-vous particulièrement dans le système anglais ?

 Claire R : La pédagogie est au coeur de l’enseignement, peu importe le sujet traité, les enfants se passionnent pour tout car tout est enseigné avec beaucoup de manipulations, d’expérimentations. Souvent les enfants procèdent par hypothèses avant d’avoir accès aux connaissances. Une pédagogie très active même dans une classe de 30.

La place donnée à l’écrit : très tôt les enfants s’expriment, rédigent des lettres, des affiches, incarnent des personnages. Au primaire, on accorde encore une grande place à l’imaginaire et à aux émotions. Les enfants respectent des « golden rules » et les prennent au sérieux. Je trouve que les valeurs morales y sont plus renforcées qu’en France. Et bien sûr les encouragements, compliments sont très nombreux. Le côté très positif du travail de l’enfant est LA grosse différence pour moi. On insiste sur ce que l’enfant fait de bien !

L’esprit de communauté est aussi une grande découverte, on gagne des challenges par équipes (orthographe, maths… etc. ) et l’assembly, ce temps de regroupement collectif hebdomadaire (interclasses parfois). Sans parler de tous les évènements sociaux organisés pour les enfants et les parents !

Claire B : Dans le système anglais il y a beaucoup plus d’adultes dans les classes, les enfants travaillent par groupes de niveaux et ont chacun leurs propres objectifs.

Séverine : L’absence de courses aux fournitures à la fin de l’été ! Et plus sérieusement la façon dont les enfants sont encouragés, pris en charge quel que soit leur niveau d’anglais en arrivant ; la place faite à la musique et au chant (coup de coeur pour les Christmas Carols).


Qu’aimeriez-vous y changer ?

Séverine : Ce serait bien que les parents aient un peu plus de visibilité sur ce que font les enfants à l’école, les méthodes utilisées, les notions étudiées… à part ce qu’en rapportent les enfants eux-mêmes c’est un peu la grande inconnue.

Et puis un peu plus de rigueur parfois… pour l’écriture notamment (je suis une basique maman française qui ne trouve pas toujours que tout est wonderful !!)

Mon grain de sel : [En effet je constate moi aussi que les enfants risquent de se reposer sur leurs lauriers quand on leur dit « Well done » même pour un travail un peu bâclé… C’est le revers de la médaille.]

Claire B : Je ne veux rien y changer car mes enfants y sont heureux ; lorsque je suis invitée à certaines « assemblées » je suis admirative du travail effectué ; les enfants sont très valorisés.

Claire : Je n’ai pas d’idées de changement, peut-être par manque de recul, nous terminons seulement la deuxième année.

Comment envisagez-vous la suite, notamment pour le collège ?

Claire B : Pour la suite… je ne sais pas. J’aurais bien aimé un établissement bilingue pour le collège mais le coût est trop important.

Claire R : Nous n’avons pas de projets à long terme, le souci pour nous étant que notre fille suive en même temps que l’école anglaise une scolarisation partielle en français par le CNED.  Certains parents changent de système en cours de primaire pour rebasculer en école française, à cause du double cursus devenu trop lourd.

Séverine : Pas comme je l’avais imaginé il y a 2 ans ! Nous avions en tête qu’elle rejoindrait le lycée français, il se trouve que ce n’est plus possible en venant du système anglais (trop de monde)… et finalement on est plutôt contents qu’elle poursuive dans un collège anglais ! Contents surtout d’avoir eu une place dans celui qu’on voulait, car – en restant dans les gratuits* – tous les collèges sont loin de se valoir, tant sur le plan du niveau que de la fréquentation. Cette solution nous convient aussi car a priori c’est dans une optique de retour en France d’ici 1 ou 2 ans… je ne suis pas sûre que j’envisagerais toute la scolarité en système anglais. Enfin à voir dans 5 ans, on sera peut-être toujours là et plus anglais que jamais ?!!

*en effet il existe aussi de bons collèges privés, qui vous coûteront la modique somme de 20 000 £ à 40 000 £ par an…

 
Une remarque sur les devoirs à la maison ?

Claire B : Ah les devoirs c’est une fois par semaine, deux photocopies assez ludiques; le rêve, quoi !

Séverine : Un bon point je trouve pour l’école anglaise : peu de devoirs, surtout de la lecture qui est encouragée, quelques petites choses le week-end, des recherches parfois pour les vacances. En primaire c’est largement suffisant.

Claire : Avec ceux du français, aucune envie d’en avoir plus ! Notre fille revient avec un classeur de devoirs le jeudi, à faire pour le lundi suivant. Quelques mots à apprendre et des mathématiques souvent sous forme très ludique. Et un « carnet » de lecture qui voyage entre la maison et l’école pour accompagner les livres à lire à la maison, empruntés à la bibliothèque de la classe. La lecture quotidienne est vraiment encouragée. Les parents sont invités à le remplir à la maison (difficultés en lecture, commentaires de l’enfant sur l’histoire…).

De bonnes idées dont on pourrait s’inspirer en France ?

Séverine : Question difficile, c’est tout un esprit qui est différent, moins académique, moins scolaire… en même temps notre langue française est plus contraignante au niveau des apprentissages de base donc je ne suis pas sûre que tout soit transposable. La notion de groupe de niveau, si décriée chez nous au nom de l’égalité, me paraît intéressante. Les assemblées d’école régulières, pour faire passer des infos, communiquer entre les classes, faire vivre un esprit d’école…

Claire B : On a de bonnes idées en France, souvent les mêmes mais pas assez de moyens !

Claire R : Pas de cartable lourd, juste une pochette avec les livres qui circulent entre la maison et l’école. Tout le reste est à l’école.

Mon grain de sel : les récompenses (Writer of the week, étoiles, stickers et autres « diplômes ») me semblent extrêmement motivantes pour les enfants.

Comment faites-vous travailler le français à vos enfants ?

Séverine : Je leur fais le CNED à la maison, à partir du CE1 ou CE2  (+ apprentissage de la lecture française en parallèle avec la year 1) : le peu de devoirs en primaire le permet assez facilement… on verra en collège, ce sera peut-être plus dur ! Le moins évident est de se plier à un planning précis pour rendre des devoirs, terminer l’année à temps si besoin d’une attestation. Mes filles lisent beaucoup en français, je me dis que c’est toujours ça de gagné aussi !

Claire B : Je fais travailler mon fils de sept ans une petite demi heure le week end avec une méthode de grammaire ludique. Sinon j’essaye d’échanger des livres en français avec des parents qui ont des enfants du même âge; lire le français c’est apprendre aussi à l’écrire.

Claire R : Deux fois une séance d’1h30 par semaine, plus les devoirs, et seulement en français pour l’instant…). Une association est accueillie dans les locaux de l’école anglaise et les enfants sont plutôt contents de se retrouver, environ 8 par niveaux. A partir du CE2, ce sera deux fois 3h. Donc pas d’activité extra-scolaire ces jours-là et les devoirs à faire le week-end, les copies à envoyer au CNED, fichiers audios à enregistrer. Comment font les parents de plusieurs enfants scolarisés dans les deux systèmes ?

Une dernière remarque à ajouter ?

Claire B : J’aime bien que les écoliers soient en uniforme.

Claire : J’aimerais pouvoir voir les différences des écoles primaires d’un quartier à un autre. Comme en France, les écoles dépendent du quartier environnant, mais la motivation du chef d’établissement y est beaucoup plus marquée dans le sens où il recrute lui-même ses enseignants: il a le pouvoir d’un chef d’entreprise et son école reçoit des notes rendues publiques, après l’inspection du fameux organisme OFSTED. Un moyen d’avoir des personnes motivées qui choisissent leurs postes et leurs régions ?

Séverine : Aucun regret sur le choix de l’école anglaise ! Et une ouverture culturelle et sociale qui j’espère les enrichit pour l’avenir.

Contents quand même de connaître un réseau d’amis français par ailleurs, car les liens entre parents restent difficiles à créer à l’école anglaise.

Un grand merci à toutes les trois d’avoir bien voulu partager votre expérience ! Et bien sûr les commentaires sont là pour poursuivre la conversation de se poursuivre. J’essaierai par la suite de rassembler des témoignages de parents ayant choisi le Lycée français. (Contactez-moi si vous avez envie de participer.)

Quelques liens :

Le CNED, qui propose un programme adapté aux enfants français en école anglaise

Les petites écoles françaises du samedi (personnellement je trouve cela un peu lourd mais je connais des familles qui en sont très contentes)

L’OFSTED, organisme chargé de l’évaluation des écoles anglaises.

Mes autres billets sur le système scolaire anglais :

Les fameuses « assemblées » ou « assemblies »

L’absence d’équivalence stricte entre système anglais et français

Pas de notes ni de cahiers

Les inspections de l’OFSTED

Et quelques autres dans la catégorie Education…

Progrès en anglais

On me demande souvent où en sont nos enfants dans l’apprentissage de l’anglais. Si ellles ne sont pas encore tout à fait bilingues, elles sont maintenant très à l’aise et jouent avec leurs amis et même entre elles) en anglais.

Le premier gros déclic s’est fait six mois après notre arrivée. Après plusieurs mois passés à absorber vocabulaire, accent, syntaxe, tout cela commençait à ressortir par petites bribes. Elles commençaient aussi à inventer des stratégies pour contourner les difficultés et se faire comprendre malgré leurs lacunes. Les grandes vacances sont passées par là et le bain de français pendant 7 semaines (crucial lui aussi pour entretenir la langue et la culture françaises) a un peu figé la progression, mais depuis la rentrée des classes, c’est reparti de plus belle.

Fille aînée comprend tout ce qui se dit en classe et elle commence à lire de petits livres en anglais.

Elle est capable d’écrire de petits textes sans faire trop de fautes. En cours de musique, elle a raconté à la classe l’épisode du Déluge et de l’Arche de Noé en anglais. Elle ne connaissait ni le mot « flood » ni le mot « ark » mais elle s’est débrouillée pour expliquer : « it rained and rained and rained… » Le plus important, c’est qu’elle n’ait plus de timidité ni de gêne à s’exprimer devant ses camarades.

Fille cadette lit aussi bien en anglais qu’en français et elle s’est même mise à écrire (en phonétique) des livres dans les deux langues. Je rigole trop à déchiffrer:

« Kipper goig on a bers » (eh oui, vous aurez bien sûr lu: Kipper is going on a bus »). I going to dooo a piccher (« I’m going to draw you a picture »).

Pourtant récemment, elle me disait encore : « j’aimerais bien aller dans une école française, comme ça je comprendrais mieux. » Il y a quelques mois, ce genre de phrase m’aurait rongée de culpabilité mais j’ai appris à relativiser et je constate bien qu’au quotidien, elle est heureuse dans sa classe et qu’elle a plein d’amis.

Conclusion : immersion réussie !