Ce qui ne nous tue pas…

Kew Bridge à marée basse. Quand la marée est haute, c'est une autre histoire.
Kew Bridge à marée basse. Quand la marée est haute, c’est une autre histoire.

Comme vous le savez, la quête de l’ami(e) anglais(e) est ardue. Mais je ne désarme pas. Comme le faisait remarquer Sarah suite à ce billet, pour nouer des liens avec des gens d’une autre culture, il faut vivre des choses ensemble. Aujourd’hui je dois dire que je n’ai pas ménagé mes efforts. J’ai failli tuer la très chic Louisa et maintenant nous sommes super copines !

Le 1er mai n’est pas férié en Angleterre donc je trav euh je vais à l’aviron comme chaque mercredi.

Je faisais équipe dans un double (deux de couple) avec  Louisa et comme tout se passait bien, nous nous sommes mises à papoter, si bien que, concentrée sur la discussion, j’ai légèrement oublié que j’étais chargée de la navigation. Précision, en aviron, on tourne le dos à l’avant du bateau, donc le rameur assis à l’avant doit se retourner pour regarder s’il y a des obstacles et faire les ajustements nécessaires). Nous venions de passer avec brio sous Kew Bridge quand je me suis rendu compte que nous foncions tout droit sur deux énormes péniches amarrées au bord de la Tamise. Rien à faire. Il était trop tard pour changer de cap. Nous nous sommes enfoncées entre les deux. Heureusement, avec l’aide du courant et de notre coach qui nous suivait dans son bateau à moteur, nous avons réussi à repartir. A peine sorties d’affaire, emportées par le courant, nous avons failli nous écraser dans le pont. C’était assez flippant de voir arriver vers nous l’énorme pile du pont autour de laquelle l’eau s’écoulait avec force. J’ai très bien vu le moment où on allait percuter la pile du pont, se retourner, éventuellement casser le bateau et nous retrouver dans l’eau glacée (comme c’est arrivé à Karen, l’Américaine super forte, qui a chaviré trois fois la semaine dernière et a été bien malade à cause de l’eau de la Tamise). Bref, c’est passé tout près. « We were lucky on that one », a commenté sobrement notre coach Ben, toujours très cool.

Ayant échappé de justesse à une mort baignade certaine, soulagées, nous nous sommes congratulées mutuellement, du genre, c’est une expérience  c’est comme ça qu’on apprend, on s’est bien débrouillées, blablabla, style

quand soudain il a fallu faire demi-tour pour rentrer vers le club. Nous l’avons déjà fait des dizaines de fois mais aujourd’hui le courant était super fort et je n’ai pas réussi à faire tourner le bateau assez vite avant qu’on arrive à toute allure dans la berge d’en face. Nous avons failli nous empaler sur de menaçantes branches d’arbres, je me suis mise à dire des gros mots en français (d’où l’expression « Excuse my French »), et là le bateau s’est littéralement coincé entre les branches, impossible de s’en sortir par une manoeuvre quelle qu’elle soit. Nous avons dû piteusement (après une jolie crise de panique où je m’accrochais aux branches en hurlant « I don’t know what to do ! ») quitter le navire. Je ne sais pas exactement comment j’ai lâché ma branche pour passer d’une embarcation à l’autre mais deux choses sont sûres : 1° cela ne devait pas être beau à voir et 2°je me suis mouillé les fesses.

Notre bateau était tellement bien coincé entre les branches qu’il ne bougeait même pas malgré la force du courant. Impossible de le déloger. Bref, retour au club en chaussettes, persuadées que nous allions au minimum perdre nos bottes Hunter et au pire casser le bateau. Finalement, le coach, retourné là-bas tout seul soi-disant pour que le bateau soit plus léger mais en fait pour pouvoir jurer tout son soûl et s’énerver contre ses abruties d’élèves, a dû casser l’arbre pour extirper le bateau ; la seule victime a été le haut-parleur qui a pris l’eau. Il était assez fier de lui et nous a dit que ça lui ferait quelque chose à raconter dans ses prochains entretiens professionnels. Décrivez une situation où vous avez été sous pression : « Eh bien j’essayais d’apprendre l’aviron à deux étourdies… »

Ben, revenant fièrement avec notre bateau. reste à savoir s'il y a beaucoup de trous dans la coque...
Ben, revenant fièrement avec notre bateau. reste à savoir s’il y a beaucoup de trous dans la coque…

Bref, une fois revenues au club, alors que j’étais un peu honteuse, Louisa, qui bien sûr n’a pas perdu son flegme pendant tout ça et a eu l’air de trouver l’aventure très amusante (« character-building »* selon elle), a déclaré que nous étions à présent Friends For Life. Carrément.

Comme quoi cette expérience n’aura pas été vaine…

* un peu difficile à traduire en un mot, c’est l’idée de forger sa personnalité grâce à de nouvelles expériences.