La souffrance de la « nulle en sport »

escalade

Un jour où j’accompagnais la classe de grande section de ma fille à la baby-gym, j’ai sursauté en entendant la maîtresse lui dire : « Oh, toi la gym, c’est pas ton truc ! »

Ou comment mettre une étiquette à une enfant de 5 ans qui risque de la suivre toute sa vie…

J’ai pu en parler à la maîtresse avec qui je m’entendais très bien, mais ce petit incident est très révélateur des cases dans lesquels on a parfois tendance à mettre les enfants. Cela peut être catastrophique. « Toi tu seras bon en maths, et tant pis si tu as une orthographe pourrie », « toi tu es la première de la classe, tu ne voudrais pas en plus être bonne en sport »…

Dans le cas de ma fille, je n’ai jamais insisté sur les petites difficultés de coordination qu’elle pouvait avoir et elle est par ailleurs très sportive, elle fait de l’escalade, du tennis, des claquettes et de la danse, elle court toute la journée.

Pour moi, même si j’aimais l’école en général, en revanche les cours de sport étaient une vraie torture. En primaire, j’ai voulu faire de la danse classique. Le prof était un vieux sadique qui terrorisait tellement les élèves que certains se faisaient pipi dessus.  Il appelait ses chouchous par leurs prénoms et les autres par leur nom de famille. Ça donnait : « Oh, Cécile, le vilain petit pied qui se trompe! » et « Rivet, tu te trompes de pied ! » Ambiance…

Au collège, quand on faisait les équipes de sports co, j’étais toujours choisie la dernière. La gym c’était pire. Faire le poirier devant tout le monde, inimaginable. Le cerveau qui ne répond plus, la vision qui se brouille, le rouge qui monte aux joues, l’impossibilité de se concentrer, le sentiment d’humiliation qui te submerge. J’avais la boule au ventre dès la veille, je suppliais ma mère de me faire un mot d’excuse, parfois je séchais. Je crois que si mon prof de sport m’a mis la moyenne au bac, c’est parce que c’était un ami de ma mère…

En hypokhâgne, je me suis soudain retrouvée avec plein de bras cassés dans mon genre, trop heureux d’être délivrés à jamais des cours de sport. On était en guerre avec les  sport-étude rugby, qu’on traitait de gros bœufs,  (eux nous lançaient de la bouffe sur la tête au réfectoire, ah les joies de l’internat !), bref, je croyais naïvement qu’on pouvait être un « pur esprit » et mépriser un peu son corps.

C’est seulement bien plus tard que je me suis rendue compte qu’on peut avoir du mal à attraper un ballon ou à faire la roue et prendre plaisir à nager, faire du yoga, de la randonnée ou d’autres sports d’endurance. Maintenant je commence la semaine par un cours de Pilates qui fait des merveilles pour mon dos et ma posture, et je m’adonne aux joies de l’aviron sur la Tamise le mercredi.

Mais le traumatisme (je n’exagère pas en employant ce mot) lié au sport pour moi est encore présent (ne comptez pas sur moi pour jouer au beach volley sur une plage) et il suffit d’un exercice trop dur au Pilates, d’un mot d’impatience de mon coach d’aviron pour que j’aie envie de m’enfuir en courant et de ne plus jamais revenir. Cela me replonge dans des souvenirs atroces, je perds tous mes moyens, je me mets à faire n’importe quoi, ce qui évidemment n’arrange rien.

Ne dites jamais à un enfant qu’il est nul, en sport ni bien sûr en quoi que ce soit d’autre, ça laisse des traces à vie ! La confiance en soi est quelque chose de tellement fragile.

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22 réflexions au sujet de « La souffrance de la « nulle en sport » »

  1. Oh là là, comme je te comprends. J’ai séché pour les mêmes raisons tous mes cours de gym, pratiquement, de la 2nde à la terminale. Quand j’ai passé l’épreuve de la natation pour le BAC , en juin, le prof m’a dit : »Ravi de faire ta connaissance! » J’ai été « bousillé » par mon prof de gym en 6ème, qui m’a humilié devant toute la classe parce que je ne savais pas monter à la corde lisse. Et pour un garçon, être nul en sport, c’était vraiment une tare, à l’époque. J’arrivais en cours d’EPS avec la boule dans la gorge, des nausées. ça me gâchait mes week-ends parce que souvent, le cours avait lieu le lundi matin. 4 heures d’affilée. Dès que j’ai eu 16 ans, j’ai séché les cours de sport, j’allais au café pendant 4 heures. Et dire que j’aurais pu apprendre à jouer du piano chaque lundi de 8h30 à 12h30 si le carcan scolaire avait été plus adapté, plus personnalisé.

  2. j’avoue que le sport n’est pas trop ma tasse de thé non plus … mais bon je n’en ai pas été traumatisée, je participais sans y prendre de plaisir, c’est tout … tu as bien raison pour ta remarque concernant la confiance en soi …

  3. Oh que je te comprends et me retrouve….. la hantise des cours de gym. Je ne savais pas monter a la corde et etait nulle aux barres donc j’ai ete traumatise. J’ai egalement eu des profs traumatisants par leur remarque et ai souffert de confiance en moi. Pour autant aujourd’hui j’adore les cours de mon club de sport et m’en sors tres bien. C’est chouette que tu fasses du pilates et de l’aviron et que tu ne te sois pas completement fermee au sport 😉

  4. J’ai eu des mots avec l’instit de ma fille, en réception, à qui je parlais de ses problèmes en math. Elle m’a répondu, c’est pas grave, les filles sont nulles en math…euh, j’ai un bac C ( aucune idée de l’équivalent actuel). Par contre, j’ai fait du rugby, même mixte pendant un temps, mais pas jusqu’en prepa! Mais je détestais aussi les cours de sport à l’école. Et à par le rugby, j’étais nulle aussi:)

    1. Wow, elle t’a dit « les filles sont nulles en maths » ! Pas mal pour le 21ème siècle. Moi qui répète à tous les vents que les enseignants anglais ont vraiment à coeur de donner confiance en eux à leurs élèves !

  5. Une dispensee de sport au bac t’ecrit et compatit… mais quel bonheur de decouvrir, bien des annees plus tard, que le sport peut etre un plaisir. Et, chose etonnante (ou pas), j’ai choisi le meme menu : Pilates en entree, aviron en plat de resistance et randonnee / balade en dessert !
    Merci pour ce joli article.

  6. Oh oui, Delphine, je me souviens de ce que tu disais enfant de ton prof de danse (Mr K…ser, il portait bien son nom, tiens !)
    Tu devrais écouter la chanson de Lynda Lemay sur ce qu’elle pense des sports de balle/ballon (« Le dernier choix »), je m’y suis retrouvée… et je ne pense pas être la seule !! 😉

    Comme toi, je détestait les jeux collectifs de balle, le tennis (mes parents se sont quand me^me acharnés plusieurs années…)mais j’ai appris à aimer la nation, le ski, la randonnée, et même la danse… moi que l’on jugeait souple comme « un bâton », et maladroite (ça tu dois peut-être t’en souvenir ?).

    Non, ne jamais coller d’étiquette, ne jamais catégoriser un enfant… et le pire, c’est quand les parents s’en mêlent… 😦
    Car il faut alors prouver sa valeur, et ramer deux fois plus que les autres… En même temps, si ça ne casse pas, ça rend plus fort !!

    1. oui,tout à fait d’accord,quand les parents s’en mèlent c’est pire! les miens détestaient le sport « pour ceux qui n’ont pas de cerveau » (sic) mais ont mis un point d’honneur à ne jamais me faire un mot d’excuse! le prof me detestait ,les autres élèves m’humiliaient …ce sont des souvenirs cuisant! mais avec l’âge ,j’ai découvert que le sport cela pouvait aussi faire du bien,que la maxime « un esprit sain dans un corps sain « était parfaitement vraie ….et que l’on pouvait être intelligent et sportif à la fois…il ne faut pas désespérer!

  7. Comme je me reconnais dans ta description et tes blocages actuels ! Le volley, le hand, la gym, le foot, la natation : une torture. J’ai eu 10 au bac parce qu’il me fallait une note et que le prof était vraiment gentil.
    Et c’est limite une bataille aujourd’hui pour qu’on ne stigmatise pas mon fils « il est têtu » « il est nul en orthographe » (à 7 ans ?) et j’en passe. Parce que cela va au delà de dire à un enfant qu’il est nul, on peut aussi lui coller une image qui le marquera à vie. Mais non je n’ai aucun traumatisme, voyons

  8. Oh la la! Je me reconnais totalement la-dedans! J’avais regulierement des problemes de sante etant plus jeune du coup j’etais dispensee de sport regulierement ce qui m’arrangeait vraiment au final. Coller une etiquette a un enfant ca ne le fait pas, ce n’est pas intentionnel mais ca marque quand meme et je crois que ca a une influence sur le comportement par la suite.

  9. J’étais plutôt bon en sport mais mon prof me détestait.
    Ayant fait de la compétition, j’avais le groupe proposant escalade au bac. Malheureusement, les groupes étaient mal répartis et il fallait qu’une personne de mon équipe change de groupe (et donc de prof). Comme personne ne se proposait, le prof a organisé un tirage au sort dans lequel il avait écris 22 fois mon nom…ca a failli passer !!! Je n’en reviens toujours pas !!!!!! Quel enfoiré !!!

  10. Oui mais aujourd’hui, tu ne comptes pas les kilomètres que tu fais à pied ! Je vous trouve toujours bien courageux avec vos randonnées partout où vous allez (et par tous les temps)!

    1. Merci Claire, d’ailleurs ce matin j’ai ramé sous la pluie et c’était super 🙂 en fait il y a plein de manières différentes de faire du sport, il faut juste trouver celle qui te convient.

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