Quand les Anglaises se décoincent

Bon, que les choses soient claires, je n’ai toujours pas d’amie anglaise. mais j’en côtoie tout de même quelques-unes. Par exemple, Louisa, avec qui je fais de l’aviron : une grande  rousse aux yeux bleus, élancée (en Angleterre, le poids est inversement proportionnel au niveau social, vous avez remarqué ? Quand on se promène dans Mayfair, on croise des êtres éthérés, qui ne semblent pas appartenir au même univers que nous autres pauvres mortels), avec un accent d’une distinction incomparable. 

Lady Mary
Photo pbs.org

Au début, je la trouvais un peu coincée, limite hypocrite, avec son air de n’en penser pas moins lorsqu’elle vous assure avec un grand sourire et une voix douce que cela ne la dérange pas d’aller dans l’équipage des débutantes, même si elle est plus avancée.

Cependant, le froid de l’hiver aidant, les effectifs du cours d’aviron ont fondu comme neige au soleil (même si de soleil nous n’en avons guère vu ces derniers temps) et nous nous sommes retrouvées à trois, Karen, l’Américaine ultra-sportive qui se sent mal si elle n’a pas couru le matin et dont le rêve est de traverser l’Atlantique à la rame, moi (qui me demande parfois ce que je fais là), et donc Louisa, la belle Anglaise aux traits aristocratiques.

Evidemment en apprenant à se connaître, les préjugés disparaissent peu à peu et je me marre bien avec mes camarades de galère, avant ou après la session bien sûr, car pendant,  inutile d’essayer de penser à autre chose qu’à l’enchaînement des gestes, même s’il nous restait un peu de souffle.

Mercredi dernier, Louisa et Karen parlaient donc d’un concert auquel elles avaient assisté ensemble. Apparemment ce concert n’était pas du plus grand intérêt. Mais Louisa assène de sa voix douce, avec un sourire : « The concert was so long, I was losing the will to live ». Un petit peu plus classe que « It was f… boring », non ? J’adore cet humour anglais, mélange d’exagération et d’ironie, avec un brin de désinvolture et de recul sur soi-même.

Jamais Louisa ne sombre dans la vulgarité. Avec son accent si distingué, elle peut absolument tout se permettre. Elle me fait penser à Lady Mary Crawley. Jamais elle ne perd son raffinement, même lorsqu’elle nous glisse une remarque coquine sur la combinaison de notre coach qui moule son anatomie de façon fort peu équivoque. Shocking ? Non, juste terriblement british…

 

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28 réflexions au sujet de « Quand les Anglaises se décoincent »

    1. Attends, attends, mon amie, c’est vite dit ! Il est très très difficile de se faire des amis anglais. Mais je suis contente d’en connaître au moins quelques-unes !

  1. ah ah ton billet m’a bien fait rire … la classe british, le flegme dans toute sa splendeur ! @fabienne : le concert était si long … j’en perdais le désir de vivre ! (en gros, Madeleine rectifiera 😉

  2. Merveilleux, je ne pensais pas qu’il existait encore des Lady Crawley – que j’adore aussi. ( Même si Lady Grantham est la reine incontestée). La façon dont tu le décris me parle tout à fait, c’est en effet un mélange subtil si caractéristique … et si difficile à traduire ! Cela me rappelle aussi PG Wodehouse, certaines phrases sont si cocasses et si drôles que quand je les lis, je les relis plusieurs fois dans la foulée et il peut m’arriver de rire tout haut même si je suis dans un lieu publique ! Je me demande toujours comment ils ont fait pour le traduire, je n’ai jamais lu de traduction de ses livres.

    1. J’adore PG Wodehouse ! Je crois bien l’avoir découvert en traduction quand j’étais ado, à la bibliothèque et ça restait très drôle, parce qu’une bonne partie de l’humour est dans la syntaxe, les euphémismes et les situations plus que dans des jeux de mots. Tu connais l’adaptation avec Stephen Fry et Hugh Laurie ?

  3. Je constate également qu’il est très difficile de se faire des Amis anglais, il est vrai aussi que je demeure dans un quartier majoritairement Pakistanais donc pour ce qui est de la langue anglaise, j’ai connu mieux et en y réfléchissant, il manque dans ce quartier des Louisa avec une petite touche aristo!!!…juste pour la pureté de l’accent!!!
    Merci pour ce billet très très drôle.
    Claire L

  4. Je crois qu’il est difficile de se faire des amis tout court quand on est un expat’ adulte. Sauf des amis qui sont aussi expats! Et encore!
    Ici à Bruxelles, je n’ai pas d’ami(e)s belge, les seuls personnes avec qui j’ai nouer un liens sont des étrangers. (enfin hormis les amis de mon chéris, mais ce ne sont pas vraiment mes amis)

      1. Je suis d’accord avec tout ça !
        Lors de mes 2 longs séjours à Londres en tant qu’étudiante … ce sont des allemands, des grecs, des italiens et des français qui sont devenus de bons amis … pas des anglais !
        Par contre, plus tard avec deux enfants en bas âge … j’avais rencontré plein de mamans dans différents toddlers groups … mais elles étaient des « connaissances » … nuance ! 😉

  5. J’aime beaucoup votre billetqu nous rappelle que c’est beau aussi dutiliser la langue autrement que d’une manière vulgaire … Et la c’est top j’aime cette traduction: sennuyer à en perdr le désir de vivre: c’est joli de le dire ainsi! Avoir des amis anglais pour mieux pratiquer la langue de Shakespeare un rêve apparemment mais n’est ce pas partout pareil même à paris?
    Bonne journée Delphine, il fait beau à Londres?

    1. Merci Catherine, disons qu’aujourd’hui il a fait un peu plus chaud, mais pas franchement beau. Beaucoup de vent et encore de la grisaille. Mais ça s’améliore nettement !

  6. merci bcp Argone ! 🙂
    …qui peut m’expliquer pourquoi les anglais(es ) ne se « melangent ils pas ?? c’est fou ??
    @ Delphine : merci pour tes posts…j’adore !

  7. J’aime te lire aussi, ces billets-là ne sont pas faciles à écrire, mais tu as de l’inspiration et une belle plume !
    Lady Mary m’énerve avec sa retenue, au moins, dans la prochaine saison, elle aura des raisons de faire la tête.
    Pour ce qui est des « anglaises », tu as bien raison de ne pas généraliser aux grandes-bretonnes, car j’ai trouvé beaucoup de différences entre les irlandaises, écossaises, (pas rencontré de galloises).

  8. Mais tu aurais fait une excellente Jane Austin, my dear !! 😉
    Ta description est savoureuse ; on croirait la connaître… de loin.

    Cela faisait un moment que j’avais fait une pose chez toi… et le printemps anglais a beaucoup de charme.
    Ma grande, Jeanne (bientôt 13 ans, oh my god…), va effectuer un voyage scolaire à Hastings du 21 au 25 mai, avec un passage éclair à Londres. 🙂

  9. Rhô… mais quelle horreur : AustEn…!!! (et moi qui me targue d’être l’une de ses inconditionnelles !)
    SO SORRY……. :0

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